Refonder le lien entre les acteurs de l’enseignement

La formation et le recrutement des enseignants du primaire et du secondaire sont aujourd’hui installés dans une crise durable, qui s’inscrit dans l’héritage de la loi réforme Darcos-Pécresse de 2009 et qu’est venue renforcer celle imposée récemment par M. Blanquer, sans bilan ni concertation. Repoussant à nouveau les concours de recrutement des enseignants à bac + 5, celle-ci est assortie d’un assèchement des viviers dans certaines disciplines (notamment les mathématiques), de la précarisation des statuts et des salaires (600 € pour un lauréat contractuel en alternance contre 1400 € pour un fonctionnaire stagiaire). Une cohorte impressionnante de contractuels non diplômés se retrouve ainsi dans les écoles : les étudiants de master « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » (MEEF) n’ayant pas réussi le concours. En somme, des étudiants se retrouvent en situation d’enseigner en responsabilité, sans avoir encore réussi les concours de recrutement … C’est ensuite une réforme de management (entretien d’embauche et réduction des épreuves disciplinaires au CAPES) et d’atteinte aux savoirs. Les maquettes proposées pour les nouveaux masters MEEF font la part belle aux prescriptions ministérielles : valeurs autoritaires dans un emballage plus ou moins lénifiant et contraire à l’acquisition de l’esprit critique prôné dans les manuels, soumission aux hiérarchies bureaucratiques et, en guise de science, un saupoudrage de neuropsychologie cognitive déterministe.

Le malaise universitaire qui naît de ces dispositions fait écho à celui de l’institution scolaire, déconsidérée, précarisée et mal-aimée. Le concours de recrutement des enseignants du premier degré ne concernait jusqu’à cette année que quatre disciplines sur les treize qui sont enseignées à l’école. Un arrêté, daté du 25 janvier 2021, en revient à des épreuves écrites d’admissibilité dans cinq domaines : français, mathématiques, histoire-géographie et enseignement moral et civique, sciences et technologie, arts. Cependant, l’institution continue à privilégier l’idéologie des « compétences » et des « fondamentaux » (lire, écrire, compter) qui conduit à une formation lacunaire et inadaptée des professeurs des écoles.

Nous pensons que l’Université a un rôle à jouer dans la réhabilitation de l’école au sein de la société, via la formation initiale et continue des enseignants. Pour cela, il nous faut réorienter l’école vers un triptyque associant émancipation individuelle, exigence intellectuelle et utilité collective. Sur ces trois plans, l’Université peut tout en interrogeant ses propres pratiques resserrer les liens avec les corps enseignants des autres degrés. 

Pour cela, notre candidature au Conseil Académique, et notamment à la CFVU, permet d’envisager de bouger les lignes de la communication et du travail conjoint entre le rectorat et les différentes composantes de l’Unistra (les facultés, la Maison pour la science, l’INSPE, pour en citer les principaux) tous sous la houlette de  Mme la Rectrice, il faut le rappeler. Favoriser une meilleure connaissance mutuelle en constituant un réseau d’échanges et d’informations réciproques du primaire, du secondaire et du supérieur, s’attaquer aux stéréotypes, valoriser toutes les filières, etc., permettrait d’optimiser les formations initiales et continues des enseignants. Il faut que l’université de Strasbourg ose repenser une offre de formation future coordonnée et recentrée sur un concours de recrutement des professeurs dans la foulée de l’obtention de la licence, suivie de deux années de formation professionnelle, à la fois théorique, disciplinaire et de terrain, en INSPE. Enfin, un autre levier, plus original mais devenu incontournable, consiste à rapprocher les chercheurs des futurs enseignants en les associant notamment à leur formation en master pour partager la démarche et la culture scientifique – d’utilité publique, fallait-il une pandémie pour nous le rappeler ? Il ne s’agit pas seulement de parler de sciences participatives mais de faire entrer les enseignants dans les laboratoires en décidant de tels dispositifs de façon concertée dans le Conseil académique.

Les candidats des listes Refonder se saisiront de cet enjeu qui implique une culture commune de l’enseignement, en décloisonnant les carcans institutionnels pour réussir à mieux travailler avec les mêmes objectifs et revaloriser chaque maillon. 

Publié le 12/02/2021

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