La Nébuleuse de l’IdEx et des fondations de l’université de Strasbourg

Si vous vous promenez dans le jardin botanique de l’université de Strasbourg, vous y verrez que la serre de Bary affiche un appel aux dons pour sa réfection, signé de la Fondation université de Strasbourg. Si vous entrez dans le bâtiment « Le Nouveau Patio » pour vous rendre par exemple à l’amphithéâtre « Alain Beretz » ou pour rejoindre les bureaux de la présidence, vous trouverez un mur remerciant les généreux donateurs de la Fondation université de Strasbourg et de la Fondation pour la recherche en chimie. Si vous êtes « alumni » de notre établissement, vous avez dû recevoir un courrier de la Fondation université de Strasbourg vous appelant à contribuer au programme des bourses des donateurs de l’université de Strasbourg. Vous devez donc sûrement considérer que ces fondations sont parties intégrantes de l’université.

Vous vous trompez.

Quand les membres des conseils centraux de l’université demandent des comptes, au sens propre comme au figuré, sur ces entités, il leur est répondu que ce sont des structures de droit privé (1) et il leur est opposé une fin de non-recevoir. Heureusement, le dévouement et l’efficacité des responsables de la Fondation université de Strasbourg, qui œuvrent sans exclusive et pour le bien commun, se traduit dans la pertinence d’une action de financement très utile à l’université. On ne peut donc que regretter que ses orientations stratégiques soient prises par un comité de campagne négligeant la représentation des conseils de l’université. D’autant que le choix des projets mis en avant et financés par les dons est sous-traité … à la Fondation pour la recherche en chimie dont le fonctionnement est plus opaque. À aucun moment, la commission de la recherche de l’université ne peut jouer son rôle décisionnaire sur les moyens dégagés et destinés à la recherche.

Mais il y a plus grave, car les sommes en jeu y sont plus importantes : cela concerne l’IdEx de l’université, qui bénéficie d’une somme difficile à connaître exactement mais qu’on peut estimer à 25M€ par an. Sa gouvernance est déconnectée de la gouvernance de l’université assurée par le Conseil d’administration et le Conseil académique : elle est censée être assumée par un « comité de pilotage » dont le site de l’UNISTRA ne donne même pas la liste des membres (2). Il est, de toute façon, formé principalement de personnalités « nommées » dans un entre-soi qui ne montre pas d’ouverture à la diversité de l’université. Comme pour les conseils des fondations, on évite, à de rares exceptions, d’impliquer des représentants des conseils centraux qui y assureraient la représentativité des personnels. Et pourtant, dans une période où se densifient les difficultés financières pour l’enseignement et la recherche, c’est là que se concentrent les moyens et les budgets disponibles.

Du côté des commissions du Conseil académique, par contre, les moyens sont restreints, contenus. Il y a quelques années, le budget alloué par la CR, celui qui apporte la contribution de l’université aux dotations des laboratoires, est passé de 9 M€ à 5 M€. La présidence de l’époque s’appuyait sur la présence de l’IdEx pour compenser la différence et conserver des moyens dévolus à la recherche. Sauf que la répartition des fonds IdEx, hormis quelques appels à projet cadenassés par la vice-présidence recherche, échappe totalement à la Commission de la recherche.

Qui plus est, les informations concernant les budgets IdEx sont refusées aux membres des conseils centraux. Prenons pour exemple l’USIAS (l’Institut d’Études Avancées de l’Université de Strasbourg), instrument de prestige pour valoriser l’attractivité et l’excellence de notre site. Il n’est évoqué, dans les épais documents fournis au conseil d’administration pour le vote du budget, que trois fois, et son financement n’est aucunement détaillé alors qu’il se monte à 2,5M€, l’équivalent de la moitié du budget recherche de l’université … Il va sans dire que la commission de la recherche ne peut envoyer ses représentants dans les différents comités censés piloter l’USIAS.

Il est temps de remettre, au cœur d’une université de Strasbourg refondée, ses missions d’enseignement et de recherche et de redonner à son conseil académique la capacité de débattre des moyens qui doivent y être consacrés. Il est urgent de retrouver la transparence nécessaire à une utilisation saine et pertinente des moyens des fondations et de l’IdEx, afin de sortir d’un système opaque et féodal et d’utiliser pleinement les moyens disponibles d’une manière enfin cohérente et réfléchie.

  1. Les flyers de la fondation indiquent d’ailleurs qu’elle est la « structure unique de récolte des fonds pour l’université de Strasbourg » et non pas de l’université de Strasbourg.
  2. https://www.unistra.fr/index.php?id=26553

Publié le 01/02/2021

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