La LPR à l’université de Strasbourg

Le CAc (Conseil académique), qui rassemble la CFVU (Commission de la formation et de la vie universitaire) et la CR (Commission de la recherche), est l’instance de l’université qui statue sur la progression de carrière des enseignants et enseignants-chercheurs. C’est en particulier lui qui décide des promotions internes à l’université.

C’est également dans cette assemblée que doit être discuté le positionnement de l’université de Strasbourg quant à la LPR, loi de programmation de la recherche. Bien plus largement que ce que veut montrer son intitulé, cette loi risque en effet de marquer fortement le métier d’enseignant-chercheur.

Le positionnement de l’université de Strasbourg par rapport à l’évaluation au niveau national

La LPR ouvre aux établissements la possibilité de déroger à la qualification par le CNU (conseil national des universités) pour les candidats aux fonctions de maître de conférences (MCF) ou de professeurs. Cette suppression a, d’ores et déjà, été entérinée par le ministère pour les candidats aux fonctions de professeur déjà MCF. La qualification, jusqu’à présent nationale, était auparavant la première étape dans le recrutement des enseignants-chercheurs. Elle précédait le concours de recrutement, qui consiste en un classement des candidats par un comité de sélection spécifique à chaque poste ouvert, dont la composition est arrêtée au niveau local par l’établissement qui propose le poste.

Il est essentiel que ce travail préalable demeure et reste effectué par les pairs, au niveau national, et non par quelque instance administrative, privée de toute compétence scientifique, ou par des commissions locales qui pourraient agir en fonction d’intérêts particuliers et de clientélisme. Ce sont non seulement nos statuts qui sont menacés, mais le cœur de nos savoirs et de nos pratiques académiques ainsi que les principes qui ont présidé à la création du CNU en 1945.

La direction sortante de l’université, par la voix de son président, a soutenu cette suppression de la qualification sous prétexte qu’il existe, au sein de l’université,toutes les compétences, pour juger de la qualité des candidats. Michel Deneken a, en outre,  toujours repoussé les interventions des conseils, sous la forme de motions par exemple, et a donc refusé de jouer son rôle de porte-parole de ses collègues auprès du ministère comme des médias et de l’opinion publique. Il est nécessaire qu’un débat ouvert ait lieu pour que l’université de Strasbourg prenne une position claire et représentative de l’opinion de ses enseignants-chercheurs quant au rôle du CNU.

L’application de la LPR à l’université de Strasbourg

Avec cette quasi-annulation du rôle joué jusqu’à présent au niveau national par le CNU, la gestion au niveau local de l’évolution des carrières des enseignants et enseignants-chercheurs devient un enjeu majeur. Transparence et équité doivent être les fondements de l’action de notre établissement sur cette question. En d’autres termes, les règles du jeu guidant l’évaluation et la promotion des enseignants-chercheurs doivent être connues de tous et respectées. Le CAc, en charge de ces dossiers, doit pouvoir mettre en avant ces principes, sans interférence de l’équipe présidentielle.

L’application sans discernement de la nouvelle loi risque immanquablement d’aggraver la situation des personnes sous contrat à courte durée, déjà précaires, tout comme celle des agents permanents, encore relativement protégés par leur statut. Ainsi, la création de « tenure tracks” ou « chaires junior » offre une procédure dérogatoire de titularisation de contractuels au statut de professeur d’université. Ce type de contrat peut sembler à première vue une opportunité, car il permettrait à certains collègues d’obtenir une rémunération plus attractive. Il s’agit en fait d’une remise en cause profonde du statut de la fonction publique assortie d’une individualisation de la rémunération. Cela renforce la tendance actuelle affectant les métiers de chercheurs et enseignants-chercheurs, qui détruit le travail en équipe par des soutiens financiers accordés avant tout à des individus.

La création de « chaires junior » est aussi une régression paradoxale dans une période soucieuse de faire progresser la lutte contre le harcèlement. Elle met les personnes concernées à la merci de quelques individus qui décideront de leur sort à la fin de la période probatoire couverte par la chaire. La LPR tend à remplacer le mode de recrutement issu des débats contradictoires d’un comité de sélection pluriel, par un système mandarinal laissant les candidats sous la coupe des individus qui les ont choisis. Par ce dispositif, la LPR touche donc, directement, au métier d’enseignant-chercheur en fragilisant son statut. Indirectement, elle remet en cause la liberté académique, également importante pour l’exercice des deux missions fondamentales d’enseignant et de chercheur.

Publié le 09/02/2021

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